Connaissez-vous vraiment le nouveau visage qui dirige Paris depuis mars 2026 ? Pendant que la capitale cherchait un souffle nouveau, un homme construisait patiemment son chemin vers le pouvoir municipal, brique après brique, depuis plus de vingt ans. Emmanuel Grégoire n’est pas un outsider : ancien Premier adjoint d’Anne Hidalgo, il connaît la mairie de l’intérieur mieux que quiconque. Du PLU bioclimatique aux urnes, découvrez le parcours d’un politique qui a su transformer l’expérience en victoire.
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Emmanuel Grégoire : de Premier adjoint à maire de Paris, un parcours au cœur du pouvoir municipal
Emmanuel Grégoire, né le 24 décembre 1977 aux Lilas (Seine-Saint-Denis), est depuis le 22 mars 2026 le nouveau maire de Paris. Élu avec 50,52 % des voix face à Rachida Dati, ce socialiste de 48 ans incarne une gauche parisienne qui tente de se réinventer après douze ans de mandat Hidalgo. Son ascension suit une trajectoire linéaire, construite patiemment depuis les premiers échelons du Parti socialiste.
Diplômé de Sciences Po Bordeaux, il adhère au PS en 2002, milite dans le 12e arrondissement, devient chef de cabinet du maire Bertrand Delanoë en 2010, passe brièvement au cabinet du Premier ministre Jean-Marc Ayrault, puis intègre l’équipe d’Anne Hidalgo dès 2014.
Ses responsabilités à la Mairie de Paris entre 2014 et 2024

Adjoint à la maire de Paris depuis 2014, il a exercé plusieurs délégations successives : ressources humaines et modernisation de l’administration (2014-2017), budget et transformation des politiques publiques (2017-2018), puis urbanisme, architecture, Grand Paris et relations avec les arrondissements (2020-2024).
Le 24 septembre 2018, il succède à Bruno Julliard au poste stratégique de Premier adjoint d’Anne Hidalgo. Ce rôle lui confère la gestion des crises budgétaires, des réformes administratives et des grandes orientations urbaines de la capitale pendant six ans.
| Période | Délégation | Enjeu principal |
|---|---|---|
| 2014 – 2017 | RH et modernisation | Réforme de l’administration municipale |
| 2017 – 2018 | Budget et transformation | Redressement financier de la ville |
| 2018 – 2020 | Premier adjoint + Budget | Pilotage global de l’exécutif |
| 2020 – 2024 | Urbanisme, architecture, Grand Paris | PLU bioclimatique, transition climatique |
Le PLU bioclimatique : le chantier-phare d’Emmanuel Grégoire
C’est le dossier qui a le plus marqué son passage à l’urbanisme. Réélue en 2020, Anne Hidalgo a confié à Emmanuel Grégoire la conduite des négociations pour réviser l’imposant Plan Local d’Urbanisme, qui date de 2006 et compte pas moins de 3 000 pages.
Le PLU bioclimatique, adopté par le Conseil de Paris en juin 2023, fixe deux objectifs structurants : atteindre 40 % de logements publics (dont 30 % de logements sociaux) en 2035, et ouvrir 300 hectares supplémentaires d’espaces verts à la même échéance.
Les trois piliers opérationnels du PLU bioclimatique :
- Externalités positives : tout permis de construire exige de dépasser les seuils réglementaires sur au moins trois des neuf critères (biodiversité, efficacité énergétique, programmation)
- Architecture bioclimatique : interdiction progressive des façades en verre imposant climatisation ou chauffage intensif
- Désimperméabilisation des sols : sur les parcelles de plus de 150 m², jusqu’à 65 % de la surface doit rester en pleine terre
Sur l’inquiétude des habitants face aux transformations à venir, Emmanuel Grégoire a tenu à rassurer : « En 2040, 90 % du Paris existant sera toujours là. »
L’élection législative de 2024 : la rupture avec Anne Hidalgo
Le climat se dégrade entre les deux élus après l’échec d’Anne Hidalgo à la présidentielle de 2022 (1,75 %), au point qu’elle parle de « trahison ». Ce froid ouvre la voie à une prise d’autonomie politique décisive.
En 2024, Emmanuel Grégoire se présente dans la 7e circonscription de Paris sous la bannière du Nouveau Front Populaire, opposé au député sortant Clément Beaune. Il remporte le scrutin dès le premier tour. Il obtient 30 974 voix, soit 51 % des suffrages exprimés, dans une circonscription où la participation atteint 77 %, bien au-dessus de la moyenne nationale de 68 %.
À l’Assemblée nationale, son bilan de député est solide :
- Taux de participation aux votes solennels : 90 %, dans la moyenne nationale
- Loyauté envers le groupe socialiste : 98 % des votes dans la même ligne
- Vote en faveur de la proposition de loi sur l’aide à mourir, de la taxe Zucman sur les grands patrimoines, et contre la réforme des retraites suspendue en novembre 2025
La primaire socialiste et la victoire municipale de mars 2026

Le 19 novembre 2024, Emmanuel Grégoire annonce sa candidature pour les élections municipales de Paris 2026. Il remporte la primaire socialiste dès le premier tour avec 52,75 % des suffrages exprimés, devançant Rémi Féraud (soutenu par Anne Hidalgo) et Marion Waller.
Sa campagne repose sur une stratégie d’équilibriste : défendre le bilan de la majorité sortante sans en porter les « irritants ». Pour gagner en visibilité face à Rachida Dati, il mise sur la proximité et s’appuie sur l’ancien maire Bertrand Delanoë, figure populaire à gauche, qui l’accompagne sur les marchés et dans ses déplacements.
En décembre 2025, il obtient le soutien des Écologistes, du Parti communiste, de Place Publique et de l’Après, formant une liste d’union de la gauche (hors LFI).
Le 22 mars 2026, Emmanuel Grégoire est élu maire de Paris avec 50,52 % des voix au second tour, battant Rachida Dati. Son premier discours depuis la Rotonde de Stalingrad célèbre « une victoire d’un Paris vivant, progressiste, populaire ».
Le positionnement politique d’Emmanuel Grégoire : gauche de gouvernement
Sa victoire municipale le propulse au premier rang de la gauche française, à un an de l’élection présidentielle. Son profil tranche avec la gauche radicale : il défend une ligne sociale-démocrate articulant responsabilité budgétaire, transition écologique et justice sociale.
Ses engagements programmatiques pour Paris :
- Interdire les nouvelles résidences secondaires via une modification du PLU bioclimatique et réquisitionner les logements vacants depuis plus de 5 ans
- Créer 4 000 places d’hébergement d’urgence réparties dans tous les arrondissements
- Renforcer la santé scolaire avec un bilan de santé complet pour chaque enfant en maternelle et en primaire
- Maintenir Paris comme « ville refuge contre la droite et l’extrême droite »
Il promet d’être un maire « d’hyper-proximité », en rupture avec la méthode de gouvernance souvent critiquée de l’ère Hidalgo. Sa montée en puissance nationale reste à confirmer dans un contexte politique où la gauche non-LFI cherche son unité avant la présidentielle de 2027.
